Nous recueillons souvent des animaux qui sont restés trop longtemps auprès d’humains. Il peut s’agir de personnes qui souhaitent détenir des animaux sauvages juste pour le plaisir. Mais, malheureusement, même les découvreurs qui pensent « bien faire » finissent par perturber et blesser l’animal qu’ils voulaient soigner.

Voici pourquoi, la détention d’un animal sauvage chez soi sera toujours une mauvaise idée.

 

#1 – C’est un être sensible, pas un objet d’agrément

Au regard de la loi, les animaux sauvages ne sont pas encore considérés comme des êtres vivants doués de sensibilité. Pourtant, il est inutile de rappeler qu’il s’agit bien d’être sensibles qui ressentent de la peur, du stress et de la douleur. Hors de leur environnement naturel, privés de leur liberté et de leur congénères, ces animaux sont malheureux.

 

# 2 – Il n’est adapté qu’à son environnement naturel

Outre la souffrance de l’animal, vouloir vivre avec lui engendre des risques pour la famille ou le voisinage.

L’un des dangers que court le très jeune animal sauvage au contact de l’homme est « l’imprégnation » sur une autre espèce que la sienne (hétérospécifique). L’imprégnation est un apprentissage perceptif qui passe par les sens (vue, ouïe, odorat), par exposition. C’est une expérience très précoce, très rapide (parfois instantanée) mais aux effets durables (voire irréversibles) qui a lieu pendant une période dite « sensible » (dont la durée et la précocité varient selon les espèces). Cette « empreinte » détermine l’identification de (et à) ses semblables, parents et partenaires. Elle est essentielle au développement de l’animal. L’imprégnation par l’homme concerne donc le très jeune animal arraché trop tôt à ses parents, par accident ou, pire, intentionnellement. Mal imprégné et maintenu « en élevage » loin de ses pairs, dans un milieu artificiel et appauvri, il ne recevra aucun des apprentissages nécessaires à la vie, pas même à la stricte survie, il est condamné, perdu. N’ayant pas acquis les codes sociaux propres à son espèce ni aucun autre, il développera vis à vis de l’humain – sa référence erronée – des comportements inadaptés, mal contrôlés et/ou agressifs potentiellement dangereux.

La familiarisation, qui concerne cette fois n’importe quel animal sauvage et consiste à l’habituer à l’homme, passe par une atteinte physique à sa capacité de mouvement (blessure, captivité) et la prise en charge, par l’homme, de ses besoins, le nourrissage notamment. La familiarisation joue sur la durée. Elle n’est pas souhaitable non plus : un animal trop longtemps familiarisé à l’humain a des distances de fuite diminuées et ses compétences naturelles peuvent aussi en pâtir, il est rendu vulnérable, dépendant.

Nous avons déjà accueilli plusieurs pies bavardes et corneilles noires dont les « propriétaires » ne savaient plus quoi faire. Impossible de les relâcher car leurs chances de survie sont quasi nulles. En réalité, un animal mis trop tôt ou resté trop longtemps au contact de l’Homme est, dans le premier cas, impossible, dans le second cas, difficile à rendre à la vise sauvage. Nous sommes donc réduits à les regarder vivre malheureuses en volière.

corneille noire
Corneille noire

#3 – Vous ne disposez pas des compétences, ni des moyens matériels pour l’accueillir

Les particuliers ne disposent tout simplement pas des moyens humains et matériels pour soigner, nourrir, élever et remettre en liberté les animaux.

En centre de soins, chaque animal est suivi par des professionnels selon un protocole de nourrissage et de réhabilitation précis. En outre, les infrastructures sont adaptées à l’animal et limitent au maximum tous contacts avec l’Homme.

Par exemple, dans certains cas, les juvéniles seront mis en volière avec des individus plus vieux ayant déjà vécus en liberté. En attendant d’être remis sur pattes, ces derniers pourront leur apprendre les comportements nécessaires à la vie en milieu naturel.

 

#4 – Vous pourriez le blesser involontairement

Vouloir soigner un animal sauvage blessé est une erreur qui diminue ses chances de survie. Beaucoup de particuliers blessent des animaux en souhaitant bien faire.

  • Carences ou blessures, suite à un nourrissage inadapté
  • Becs usés sur des barreaux, plumes cassées dus à des conditions de contention inadéquates
  • Individus très vite à nouveau en détresse après leur relâcher (oiseaux migrateurs relâchés à la mauvaise période, animaux imprégnés…)
  • Etc.

On devient soigneur animalier après plusieurs années d’études et de pratiques. Tout comme devenir médecin : cela ne s’improvise pas !

 

#5 – Seuls les professionnels sont habilités à détenir des animaux sauvages

La détention d’animaux sauvages est régie par l’arrêté du 8 octobre 2018. Celui-ci fixe les règles générales de détention d’animaux d’espèces non domestiques. « Toute personne, physique ou morale, qui détient en captivité des animaux d’espèces non domestiques doit satisfaire aux exigences suivantes :

– disposer d’un lieu d’hébergement, d’installations et d’équipements conçus pour garantir le bien-être des animaux hébergés, c’est-à-dire satisfaire à leurs besoins physiologiques et comportementaux ;

– détenir les compétences requises et adaptées à l’espèce et au nombre d’animaux afin que ceux-ci soient maintenus en bon état de santé et d’entretien ;

De plus, seuls les personnes disposant d’un certificat de capacité sont habilitées à s’occuper des animaux sauvages. La détention d’espèces protégées, menacées, dangereuses, fragiles en captivité ou pouvant porter atteintes à l’environnement, sans être titulaire des autorisations requises, constitue une infraction au code de l’environnement. La sanction peut atteindre six mois d’emprisonnement et 9 000 € d’amende.

 

Si vous croisez un animal sauvage en détresse, il n’y a donc qu’un seul bon réflexe à avoir : contactez un centre de sauvegarde de la faune sauvage.

Urgence – animal en détresse

 

NB : animaux non-domestiques = toutes les espèces ne figurant pas sur l’Arrêté du 11 août 2006 fixant la liste des espèces, races ou variétés d’animaux domestiques = animaux sauvages + certains animaux de compagnie qui ne sont pas considérés comme domestiques en France

5 raisons de ne pas détenir un animal sauvage chez soi
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