Portrait d’animal publié dans notre bulletin de saison de 2014.

 

La corneille noire, pas appréciée à sa juste valeur

… Que beaucoup nomment «corbeau» par méconnaissance et qui est en réalité une cousine du corbeau freux, comme la pie, le geai, le choucas et le grand corbeau, tout ce petit monde faisant partie de la famille des corvidés.

La vilaine corneille noire, oiseau de malheur, honnie dans les campagnes mais aussi en ville, la crailleuse accusée de tant de maux, tirée, piégée, empoisonnée, que tant voudraient voir disparaître, mais qui est toujours là.
Certains en lisant ces lignes se demandent sans doute pourquoi consacrer du temps et de l’énergie à cet oiseau abondant (certes) classé nuisible (hélas) et si peu aimé.

 

Une espèce qui sait s’adapter

corneille noireTout d’abord, la corneille (Corvus corone) n’est pas méchante, comme le disent quelques esprits simplistes et elle n’est pas gentille non plus, elle se fiche de nos considérations anthropomorphiques, elle cherche juste à survivre et à perpétuer son espèce.
Présente sur l’ensemble du territoire européen et asiatique, elle mesure en moyenne 50 cm et peut atteindre 1 m d’envergure. Elle vit aussi bien en milieu montagnard, de campagne ou urbain. « Mais cette sale bestiole est donc partout ? » Eh bien oui, car il s’agit d’un oiseau robuste qui supporte très bien le froid et la chaleur, qui est généraliste et opportuniste pour se nourrir et surtout, surtout, doté d’une très grande intelligence.
Le couple construit un grand nid volumineux en avril généralement dans un arbre ou sur une falaise en fonction de l’habitat. La femelle seule couve trois { six oeufs durant 19 jours et les deux parents se chargent de l’élevage des petits qui sont volants à 35 jours.
Le couple est fidèle jusqu’à la mort. Et oui !
Son alimentation est composée de charognes, d’insectes, d’oeufs et d’oisillons, de fruits et de graines. C’est pour les graines que ça coince avec les cultivateurs, puisque la corneille a la sale manie d’arracher les toutes jeunes pousses sorties de la graine.
Les groupes de corneilles que l’on peut voir dans les champs au printemps sont majoritairement composés d’individus non nicheurs, les nicheurs recherchant une alimentation plus carnée pour élever leurs petits.

 

Corneille noire et cultures

Même si de réels dégâts peuvent être occasionnés aux cultures, ceux imputables à notre oiseau sont rarement de grande ampleur. Malheureusement, beaucoup sont prêts à tout pour tenter de se débarrasser de cette casse-pieds : pièges, tir, poison…(*) S’ajoutent à cela la ténacité de certaines croyances moyenâgeuses chez certains habitants de nos campagnes et la peur qu’elles engendrent ; les cris pas très harmonieux (c’est rien de le dire) et la robe de deuil de la bête, tout cela incite peu de monde à tenter de la regarder autrement.
Chacun a déjà pu voir dans un jardin des CD accrochés dans le cerisier afin d’effrayer les piques- assiettes. L’effet esthétique est discutable, mais ce n’est pas fait pour décorer. Dans nos campagnes, il peut encore arriver de voir une vieille méthode qui consiste à suspendre des corneilles mortes dans l’arbre afin de faire fuir les congénères. Cela a pour effet d’attirer les belles mouches bleues qui forment ainsi des boules bourdonnantes jugées sans doute plus décoratives que les CD. Et que dire de l’odeur des cerises…

Et, évidemment, nous ne remercions pas ce cher Alfred Hitchcock, qui, s’il a beaucoup fait pour le cinéma, a causé énormément de tort aux corvidés. Pourtant la jolie crailleuse rend bien des services aussi : elle nous débarrasse des cadavres, elle régule les populations de pigeons ramiers dont elle mange les œufs et les oisillons. (A noter que les ramiers, qui ont la faculté de se reproduire 10 mois sur 12 dans les régions clémentes (c’est le cas en Bretagne), occasionnent aussi des dégâts aux cultures tout en se multipliant comme des lapins). Enfin, les nids volumineux de la corneille servent ensuite à de nombreux faucons pas très doués pour en construire eux-mêmes. Merci les corneilles…..

(*) Chaque printemps nous recevons de nombreux coups de téléphone de personnes choquées par les pièges à pies ou à corneilles disposés dans les champs. La question qui nous est toujours posée est : « Est-ce que ce genre de pratique est autorisée ? »
Réponse : oui et non. Oui, si le piégeur est agréé (auquel cas le n° d’agrément doit obligatoirement figurer sur le piège) et si la déclaration de piégeage est affichée en Mairie de la commune concernée. Si rien ne figure sur le piège, il est illégal. Dans ce cas, nous vous conseillons vivement de le signaler à l’Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage de votre département. Attention, si vous détruisez un piège agréé, c’est vous qui êtes en infraction et vous risquez une amende !

 

Portrait d’animal : la corneille noire
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