C’est un Sulidae, famille qui regroupe 9 espèces de fous dans le monde, mais notre « bassan » est le seul à occuper l’hémisphère nord et ce, des deux côtés de l’Atlantique. Deux de ses cousins, aux caractéristiques très proches se trouvent l’une au sud de l’Afrique, le fou de Cap et l’autre sur les côtes Est et Sud de l’Australie, le fou austral.

On le nomme « fou » bien que personne ne sache vraiment pourquoi. L’hypothèse la plus fréquemment retenue est que c’est son vol qui a inspiré ce nom. Quant à « bassan » ce nom d’espèce est plus évident à justifier : une des plus anciennes colonies de cet oiseau de l’hémisphère nord se trouve sur l’île de Bass Rock en Ecosse.

 

Un oiseau majestueux

Fou de bassan1 mètre de long pour une envergure de 1 mètre 80, Morus bassanus est sans conteste le plus grand des oiseaux de l’Atlantique nord. C’est aussi le plus majestueux.

Son vol peut être tour à tour puissant ou léger, haut dans le ciel ou surfant au ras de la houle. Ses 3 kg ne semblent rien et le voltigeur se joue des vagues et des bourrasques ; elles sont sa demeure, son berceau.
L’océan c’est sa source de vie. Sous l’eau, ce sont les bancs de poissons, harengs et maquereaux nourriciers que Voltigeur détecte depuis le ciel et qu’il capture sous la surface de l’eau.

Car il est aussi un prodige du plongeon. Lorsque le banc de poissons est repéré, jusqu’à 40 mètres au-dessus des flots, l’oiseau s’élance en piquet, fuse tête en bas, les ailes repliées en arrière avant de les étendre le long de son corps au dernier moment pour pénétrer l’eau tel un trait d’arbalète. Sa proie est capturée lorsqu’il remonte à la surface. Ceux qui, lors d’un voyage en mer, ont eu l’occasion d’assister à ce spectacle savent comme il est superbe et inoubliable.

Mais pour accomplir un tel tour de force, Voltigeur, du haut de ses 40 millions d’années d’existence, possède une morphologie bien adaptée. Certes, il est parfaitement profilé pour pénétrer profondément sous l’eau, mais cela ne suffit pas, il faut résister à l’impact. Contrairement aux autres oiseaux, il n’a pas de narines sur le bec, celles-ci sont placées sous la voûte du palais et ses poumons sont soudés à la colonne vertébrale. Une merveille d’adaptation.

 

L’arrivée des petits

En plein cœur de l’hiver, sur une côte rocheuse battue par les vents, les oiseaux se réunissent par milliers. Les membres des couples retissent leurs liens fidèles après leurs quelques mois d’errance en haute mer.
Puis c’est le moment du nid : choisir son emplacement et les matériaux qui le composent. C’est aussi l’époque des grandes chamailleries pour la meilleure place, pour le bouquet de goémon qu’on entend bien dérober à son voisin, ou pour une palme posée trop près du nid par ce dernier.
Et oui ! Les Voltigeurs ne peuvent s’empêcher de nicher entassés les uns sur les autres, mais ne supportent pas leurs colocataires.  Les aires se touchent et chaque voisin est à portée de bec. Ce bec acéré, tranchant comme des ciseaux et dont il est nécessaire de se garder.
Le temps est venu des parades nuptiales, des manifestations d’attachement à l’autre, des démonstrations d’une infinie tendresse renouvelées année après année durant 30 ans si le sort est bienveillant.

Fou de bassan juvénilePuis un jour, il y a l’œuf. Unique. Un bel œuf blanc teinté de bleu. Et pour couver, ces oiseaux se démarquent des autres espèces en étant dépourvus de plaque incubatrice sous l’abdomen. Ils couvent avec leurs pattes. Ainsi, durant 43 jours, l’œuf précieux sera maintenu serré au chaud par les palmes de ses deux parents. Et enfin, le poussin. Boule de duvet blanc, soigné, bichonné avec amour durant 3 mois, jusqu’à ce que devenu noir moucheté de blanc et pesant ses 4 kg, il soit livré à lui-même par des parents épuisés.

C’est septembre, et les poussins devenus grands, incapables de voler car si bien gavés, s’en vont à pied à travers la colonie, esquivant les coups de bec irascibles des couples encore présents et se lancent à l’eau pour la première fois de leur vie. Il leur faudra attendre de perdre leur réserve de graisse pour enfin s’envoler, apprendre à se nourrir. Et si l’avenir est fécond de pêches emportées, de surfs au-dessus des vagues, dans 5 ans, le jeune Voltigeur reviendra sur ces roches pleines d’embruns pour y trouver l’âme sœur et à son tour y choyer un bel œuf bleuté.

 

Les fou de bassan à Volée de piafs

La seule colonie française de fous de bassan se trouve sur l’Ile Rouzic en Nord Bretagne dans l’archipel des Sept Iles, réserve naturelle administrée par la LPO. Au printemps, l’ile, visible de la côte, semble comme couverte de neige par les 23000 couples qui y nichent.

Au centre de soins, la plus grande cause d’accueil des fous est provoquée par les fils de pêche et les hameçons, hommes et oiseaux pêchant souvent sur les mêmes bancs de poissons au même moment, la manne ne cessant de se raréfier d’année en année.

 

Portrait d’animal : Le fou de Bassan
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